Loin d’être majoritairement consommé, l’or est avant tout acquis comme réserve de valeur stratégique. En 2025, seuls 6,5 % de la demande mondiale sont destinés aux usages technologiques (1) — électronique de pointe, aérospatial, dispositifs médicaux — tandis que l’essentiel est conservé sous forme de réserves, d’épargne ou de stocks institutionnels.
Cet article analyse, chiffres à l’appui, pourquoi l’or est accumulé, par qui, et ce que cela révèle de l’évolution du système monétaire et géopolitique mondial.
A quoi sert l’or accumulé par les banques ?
Nous avons répondu à cette question dans notre article : Record historique de la demande mondiale en or. Pour rappel, 2025 a été une année record pour l’or, où la demande et l’offre mondiales ont toutes deux atteint les 5000 tonnes et le record du cours de l’or a été battu 53 fois en un an.
Voici comment se présente la demande annuelle des banques centrales dans le monde :
L’or dépasse les monnaies dans les actifs des banques centrales ?
Dans le monde, l’or a dépassé l’euro dans les actifs des banques centrales : 20% d’or contre 16% d’euros en septembre 2025 (4).
Depuis 2006, les réserves physiques d’or des banques centrales ont augmenté de 161% dans le monde (2). Elles ont aussi pour volonté de diversifier leurs réserves de change, c’est-à-dire la quantité et variété de monnaies qu’elles conservent (3). Pour cela, elles vendront une partie de leurs dollars américains au profit d’autres monnaies, comme l’euro ou le yuan, et d’or.
L’or ne dépasse donc pas toutes les monnaies réunies, mais est une valeur sûre privilégiée.
Classement des stocks d’or des banques centrales
Les plus grandes réserves au Q2 2025 sont (5) :
Les réserves d’or des États-Unis restent de loin les plus grandes, Les banques centrales d’Europe et d’Amérique du Nord détiennent encore plus de la moitié de tout l’or détenu par les banques centrales du monde.
Les banques centrales de Chine et d’Inde, deux membres fondateurs des BRICS, se placent déjà parmi les dix plus grandes réserves, mais ont encore peu d’or relativement au nombre de leur population.
En acquérant plus d’or, les banques centrales des BRICS+ travaillent à concurrencer celles des pays du Nord global.
Les plus grands acheteurs d’or parmi les banques centrales
Les plus grands acheteurs de cette dernière année sont la Pologne, la Turquie, l’Inde, la Chine et la République Tchèque (6).
Parmi ces grands acquéreurs d’or, la Chine et l’Inde se placent déjà dans les plus grands stocks mondiaux.
La banque centrale de Pologne détenait environ 510 tonnes d’or au Q3 2025, ce qui la rapproche du top 10. En août 2025, elle a annoncé vouloir élever la part d’or de ses réserves à 30%, ce qui implique un objectif d’environ 700 tonnes et signale une stratégie sur le long terme (7).
De manière générale, on observe des acquisitions d’or à travers le monde : même de moins grands acheteurs incorporent l’or dans les réserves de leurs banques centrales. C’est par exemple le cas de beaucoup de pays africains, comme la DRC, Madagascar ou les pays membre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (8).
L’or non déclaré, privé et public
Par certaines méthodes d’acquisition, il est possible d’acquérir de l’or sans le déclarer.
Par exemple en achetant de l’or à des producteurs locaux (Russie, Chine et États-Unis en sont de grands producteurs miniers), ou sous forme de « doré bars » : des lingots d’un alliage d’or et d’argent.
Les publications peuvent aussi se faire en différé par rapport aux acquisitions d’or.
Il est donc possible que les réserves réelles des banques centrales dépassent les stocks officiels.
La Banque populaire de Chine pourrait ainsi détenir jusqu’à deux fois plus d’or que déclaré.
De plus, comme présenté dans notre article : Record historique de la demande mondiale en or, l’or détenu par les particuliers pourrait y dépasser les réserves officielles des banques centrales.
Aux États-Unis, c’est le trésor public américain qui stock l’or du gouvernement fédéral, en grande partie à Fort Knox. En 2014, l’Allemagne avait rencontré des difficultés pour faire rapatrier son or placé aux États-Unis (9). En 2025, elle réclame à nouveau un rapatriement et questionne la fiabilité des stocks (10).
L’accumulation d’or par les banques centrales ne répond pas uniquement à des logiques de précaution. Elle s’inscrit aussi dans des stratégies monétaires de long terme, notamment au sein des BRICS+.
Une nouvelle monnaie adossée à l’or pour les BRICS+ ?
Nous décrivons, dans notre article précédent sur le record historique du prix d’or, le passage vers un monde multipolaire. Le groupe des BRICS+ s’élève comme l’un de ces pôles.
Les BRICS+ sont un groupe de dix pays du sud global, se réunissant lors d’un sommet annuel pour développer des stratégies économiques communes. Les BRICS étaient cinq, avant de faire entrer de nouveaux membres en 2024 et 2025, et d’ainsi devenir les BRICS+. Environ 40 pays ont manifesté un désir d’intégrer l’organisation, dont la Turquie qui stock déjà de l’or.
Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud sont les pays fondateurs du groupe BRICS+, et figurent parmi les plus grands détenteurs, producteurs et acquéreurs d’or. Or la Russie propose depuis plusieurs années de développer une monnaie commune aux BRICS+, adossée à l’or et indépendante du dollar américain (11).
Le projet appelé « the Unit » a été annoncé en novembre 2025. C’est un système numérique de paiement interbancaire, adossé à l’or (40%) et aux monnaies des BRICS+ (60%), qui pourrait en être le précurseur (12).
Il est encore à l’étape de test. Ce n’est ni une monnaie commune disponible aux particuliers, ni le retour d’un pur étalon or, mais c’est le premier pas d’une stratégie pour réduire la dépendance au dollar, cohérente avec les acquisitions d’or des banques centrales des BRICS+.
Qu’est-ce que l’étalon or ?
Concrètement, c’est un système où la monnaie est échangeable contre un poids fixe d’or. Elle est alors une simple représentation d’une quantité d’or, sous un format plus simple à diviser et transporter.
Cela impose une limite physique à la taille de l’économie : la masse totale de la monnaie doit correspondre à la masse d’or détenue par les banques centrales.
Il faut donc augmenter les stocks d’or pour accompagner la croissance, et pour cela il faut assurer suffisamment d’extraction de nouvel or.
Depuis 1971, le dollar américain n’est plus adossé à l’or. Dans le cas de « the Unit », elle serait adossée partiellement à l’or, mais aussi aux monnaies propres des membres des RBICS+ : il ne s’agirait donc pas exactement d‘un étalon or.
Les avantages d’une monnaie adossée à l’or pour les BRICS+
Nous avions vu que l’or présentait plusieurs avantages en tant qu’actif face aux monnaies. Un projet de monnaie adossée à l’or cherche à en profiter sur plusieurs points :
- Le plus important est la dédollarisation des échanges : ne plus avoir à détenir et employer des dollars, afin de se détacher de l’influence des États-Unis, et plus largement de l’occident. En effet, l’usage de dollars dans les transactions commerciales expose aux sanctions décidées par les États-Unis et aux conséquences de leur politique monétaire.
- Une monnaie adossée à l’or promet davantage de stabilité, car il n’est pas possible pour un état d’en émettre à volonté.
- En l’adossant aussi aux monnaies des membres du groupe, les capacités d’influence sont partagées entre les membres, afin d’encourager la coopération.
En augmentant les stocks d’or de leurs banques centrales, les BRICS+ remplissent un prérequis essentiel à la mise en place d’une telle monnaie.
Conclusion : accumuler l’or pour stabiliser le futur
L’or n’est ni acheté pour être consommé, ni accumulé par hasard.
Les États l’utilisent pour renforcer la crédibilité de leurs réserves.
Les banques centrales s’en servent comme actif de confiance, hors risque de contrepartie.
Les particuliers le conservent comme épargne tangible, transmissible et indépendante des systèmes financiers.
Derrière la hausse historique des acquisitions d’or se dessine une même finalité : se prémunir contre l’instabilité, qu’elle soit monétaire, géopolitique ou systémique.
Dans un monde de plus en plus fragmenté, l’or ne promet pas la croissance.
Il promet la continuité.
FAQ – Comprendre les acquisitions massives d’or
Pourquoi l’or est-il principalement stocké et non consommé ?
Parce qu’il est avant tout une réserve de valeur durable. Contrairement aux matières premières industrielles, l’or est conservé sur le long terme et réutilisable indéfiniment.
Quelle part de l’or est réellement utilisée par l’industrie ?
Environ 6,5 % de la demande mondiale en 2025 est dédiée aux usages technologiques (1).
Pourquoi les banques centrales achètent-elles autant d’or ?
Pour diversifier leurs réserves, réduire leur exposition aux devises dominantes et se doter d’un actif sans risque de défaut.
L’or a-t-il dépassé les monnaies dans les réserves mondiales ?
L’or a dépassé l’euro pris individuellement, mais pas l’ensemble des devises. Il s’impose néanmoins comme le deuxième actif de réserve mondial après le dollar.
Une monnaie adossée à l’or est-elle réaliste aujourd’hui ?
Pas sous la forme d’un étalon-or classique. En revanche, des systèmes hybrides, partiellement adossés à l’or, comme ceux envisagés par les BRICS+, sont à l’étude.
Sources
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Auteurs
Pierre, Elisabeth, Adrianne

