Invisible pour l’utilisateur final, l’eau est pourtant omniprésente dans l’industrie électronique. Extraction des métaux, fabrication des semi-conducteurs, refroidissement industriel, recyclage des déchets électroniques : chaque étape du cycle de vie des équipements numériques dépend fortement de cette ressource essentielle.
Dans un contexte mondial marqué par les tensions hydriques, les sécheresses et l’augmentation des besoins industriels, cette dépendance devient un enjeu stratégique majeur.
Longtemps, les impacts environnementaux du numérique ont principalement été abordés sous l’angle énergétique ou carbone. Pourtant, l’eau constitue elle aussi une ressource critique du développement technologique contemporain.
Une industrie électronique fortement dépendante de l’eau
Extraction minière : des besoins hydriques considérables
L’industrie électronique repose sur de nombreux métaux stratégiques et critiques : cuivre, or, argent, palladium, lithium, cobalt ou encore terres rares.
Leur extraction nécessite d’importants volumes d’eau et génère des impacts environnementaux majeurs.
L’or constitue un exemple particulièrement révélateur : utilisé dans de nombreux composants électroniques et connecteurs, son extraction peut nécessiter 2 750 000 litres d’eau pour produire un seul kilogramme de métal (1).
Cette consommation s’explique par les procédés utilisés dans l’industrie minière. Les minerais sont broyés puis mélangés à de grandes quantités d’eau afin de permettre la séparation progressive des métaux via des traitements physico-chimiques ou hydrométallurgiques.
Plus les gisements deviennent pauvres en métaux, plus les volumes de roche à traiter augmentent. La consommation d’eau augmente mécaniquement la consommation par kilogramme extrait.
C’est par exemple le cas du cuivre : entre 2025 et 2019, la production mondiale de cuivre a augmenté de 12,8% tandis que la consommation d’eau dédiée de 18,3% (2), montrant que la consommation d’eau augmente plus vite que la production.
En 2019, on comptait 93,4 Mt de cuivre produites pour 11,5 TL d’eau consommés, soit 152 litres par kg.
Parallèlement, les activités minières génèrent des boues et effluents pouvant contenir :
- métaux lourds,
- cyanures,
- solvants,
- particules fines.
Les bassins de résidus miniers représentent ainsi des risques environnementaux importants en cas de fuite ou de rupture de digue (2). Certaines anciennes exploitations continuent même de contaminer durablement les sols et les ressources hydriques plusieurs décennies après leur fermeture.
Dans certaines régions arides, les besoins industriels en eau entrent désormais en concurrence directe avec ceux des populations locales.
Plastiques techniques et pétrochimie
L’industrie électronique dépend également fortement des plastiques techniques présents dans les boîtiers, connecteurs, cartes électroniques et composants internes.
Ces matériaux proviennent majoritairement de l’industrie pétrochimique, elle-même fortement consommatrice d’eau et génératrice de pollutions industrielles (3).
Malgré les progrès de l’économie circulaire, les équipements électroniques incorporent encore relativement peu de plastiques recyclés. Les exigences de qualité, de fiabilité et de stabilité des matériaux restent particulièrement élevées dans ce secteur.
Cette dépendance aux matières vierges augmente indirectement les besoins énergétiques et hydriques mondiaux.
Nous vous suggérons de consulter notre publication du 13 mai 2026, Crise du plastique 2026 : le recyclage devient vital.
L’eau ultrapure au cœur des semi-conducteurs
Une exigence industrielle extrême
La fabrication des composants électroniques modernes repose sur l’utilisation d’eau ultrapure, appelée UPW (Ultra Pure Water).
Cette eau extrêmement purifiée est indispensable dans les usines de semi-conducteurs. Elle intervient lors du nettoyage des wafers, de l’élimination des particules microscopiques ou encore des opérations chimiques de haute précision.
Dans cette industrie, la moindre contamination peut rendre un composant inutilisable.
Les mémoires SSD, écrans OLED, processeurs, capteurs photo et circuits imprimés nécessitent ainsi des procédés extrêmement exigeants en matière de qualité d’eau.
Produire cette eau ultrapure implique des installations complexes combinant filtration, osmose inverse, déionisation et traitements chimiques spécifiques. Ces procédés nécessitent eux-mêmes d’importants volumes d’eau brute ainsi qu’une forte consommation énergétique.
Certaines usines de semi-conducteurs parviennent aujourd’hui à recycler jusqu’à 80 % de leur eau afin de limiter les prélèvements et préserver la stabilité de leurs procédés industriels (4).
Eau cohérente : des recherches émergentes
La dépendance de l’industrie électronique à une eau extrêmement pure conduit également certains chercheurs à explorer des propriétés encore peu comprises de cette ressource fondamentale.
Parmi ces pistes figure la recherche autour de l’« eau cohérente » ou « eau structurée ». Ce champ d’étude, encore débattu scientifiquement, s’intéresse à certaines organisations moléculaires particulières de l’eau ainsi qu’à ses comportements électromagnétiques dans des conditions spécifiques.
Ces travaux cherchent notamment à mieux comprendre certains phénomènes d’organisation moléculaire ainsi que les interactions possibles entre l’eau et des matériaux ultra-sensibles.
Dans l’industrie électronique, ces réflexions intéressent certains travaux portant sur les procédés de très haute précision où le comportement des fluides peut devenir critique.
Toutefois, ces recherches demeurent exploratoires et ne font pas aujourd’hui l’objet d’un consensus scientifique généralisé.
Comme ADIMAS l’a déjà évoqué dans un précédent article consacré à l’eau cohérente, ces sujets rappellent également que l’eau ne constitue pas uniquement une ressource industrielle, mais un élément complexe dont certaines propriétés restent encore partiellement comprises.
Pour aller plus loin sur ce sujet, nous vous invitons à consulter notre analyse du 9 décembre 2025 consacrée au basculement technologique de l’eau cohérente dans l’industrie.
Déchets électroniques : des risques majeurs pour l’eau
Une croissance continue des DEEE
Les équipements électroniques en fin de vie deviennent des DEEE — Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques.
Selon le Global E-waste Monitor, seuls 22,3 % des déchets électroniques mondiaux auraient été officiellement collectés et recyclés en 2022 (5).
Leur volume augmente fortement sous l’effet combiné du renouvellement technologique rapide, de l’obsolescence des équipements et de l’explosion des usages numériques (6).
Lorsqu’ils sont mal pris en charge, ces déchets deviennent des sources importantes de pollution, dangereuses pour la santé humaine et la biodiversité (7). Les métaux lourds peuvent contaminer les sols et les eaux, tandis que les plastiques se fragmentent progressivement en microplastiques persistants.
Le rôle de l’eau dans le recyclage électronique
L’eau intervient également dans certaines étapes du recyclage des équipements électroniques, notamment dans les procédés de récupération des métaux précieux et critiques.
Les procédés hydrométallurgiques utilisent des solutions aqueuses permettant de séparer et purifier les métaux contenus dans les déchets électroniques.
Ces opérations nécessitent toutefois un traitement rigoureux des effluents afin d’éviter toute pollution secondaire.
Chez ADIMAS, la valorisation des matériaux issus des cartes à puce s’inscrit précisément dans cette logique de réduction des impacts environnementaux et de développement d’une économie circulaire.
Conclusion
Derrière chaque smartphone, carte électronique ou semi-conducteur se cache une dépendance massive à l’eau.
De l’extraction minière jusqu’au recyclage des déchets électroniques, cette ressource intervient à toutes les étapes du cycle industriel.
Dans un contexte de tensions croissantes sur les ressources hydriques mondiales, l’industrie électronique devra nécessairement accélérer ses efforts en matière :
- d’écoconception,
- de recyclage,
- de sobriété industrielle,
- et de réduction des consommations d’eau.
Le développement de filières locales de valorisation des matières stratégiques devient ainsi un enjeu environnemental, industriel et économique majeur.
Chiffres clés
Chiffres clés de l’eau dans l’industrie électronique
- Des cas à 2 750 000 litres d’eau pour produire 1 kg d’or,
- Jusqu’à 80 % d’eau recyclée dans certaines usines de semi-conducteurs,
- Seulement 22,3 % des DEEE sont officiellement recyclés dans le monde,
- Les semi-conducteurs nécessitent une eau ultrapure, énergivore à produire,
- L’extraction minière est l’une des industries les plus consommatrices d’eau au monde. Le besoin en eau par kg est en augmentation.
Sources
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Auteurs
Pierre, Elisabeth, Adrianne




