Introduction – Le retour silencieux d’un actif millénaire
Depuis plusieurs années, un phénomène de fond s’accélère : la demande mondiale en or atteint des niveaux record. Selon le World Gold Council (WGC), la demande totale en 2024 a atteint 4 974 tonnes (en incluant l’investissement OTC), pour une valeur annuelle record estimée à 382 milliards de dollars. [1]
Banques centrales, institutions financières, États et investisseurs convergent vers un même constat : dans un monde plus instable, l’or redevient un actif stratégique central.
Cette dynamique n’est ni purement spéculative ni seulement conjoncturelle : elle s’inscrit dans un rééquilibrage géopolitique, monétaire et industriel.
Une accumulation record par les banques centrales
L’un des moteurs les plus puissants de la hausse de la demande est l’accumulation d’or par les banques centrales. Nous avions déjà mis en avant leurs acquisitions d’or dans un article en mai 2023.
D’après le WGC, les banques centrales ont ajouté 1 090 tonnes à leurs réserves en 2024, et les achats ont dépassé 1 000 tonnes pour la troisième année consécutive. [2]
Pour situer l’ampleur : le WGC rappelle aussi que les achats ont atteint 1 082 tonnes en 2022 (alors record historique) puis 1 037 tonnes en 2023 (alors deuxième plus haut niveau). [3]
Pourquoi maintenant ?
Parce que l’or est :
- Le seul actif de réserve sans risque de contrepartie (pas la dette de quelqu’un d’autre)
- Un actif physique, résistant aux ruptures et aux sanctions financières
- Un instrument de diversification quand la confiance dans les actifs « papier » se fragilise
→ Ce n’est pas nécessairement le rejet d’une devise en particulier : c’est une prudence croissante face au système dans son ensemble.
La fragmentation géopolitique du monde
Le monde n’est plus unifié autour d’un centre économique unique. Nous entrons dans une ère multipolaire, marquée par la montée des sanctions, la rivalité technologique, et des tensions sur l’énergie, les matières premières et le commerce.
Dans ce contexte, les réserves « classiques » peuvent devenir plus risquées :
- Des avoirs libellés en devises peuvent être gelés ou rendus indisponibles selon les régimes de sanctions.
- Les chaînes d’approvisionnement peuvent être rompues.
- Les dettes souveraines, même de haute qualité, ne sont plus perçues comme totalement « sans risque » en toutes circonstances.
→ L’or redevient l’actif “neutre” par excellence : il ne dépend d’aucun État émetteur.
Inflation, dette et crédibilité monétaire
Depuis 2008 puis la période Covid, la combinaison d’endettement élevé et de politiques monétaires exceptionnelles a modifié la perception du risque.
En parallèle, la structure des réserves mondiales évolue lentement : le dollar reste dominant, mais sa part tend à diminuer sur longue période. La Réserve fédérale (Federal Reserve) indique que le dollar représentait environ 58 % des réserves officielles mondiales déclarées en 2022 [4]. L’IMF (COFER) publie régulièrement ces données agrégées, confirmant une composition globalement stable à court terme, mais un mouvement de diversification à horizon long [5].
Dans ce contexte, l’or joue son rôle historique :
- Réserve de valeur sur le long terme
- Actif de confiance en période de crise
- Assurance contre l’érosion monétaire et les risques de fragmentation financière
→ L’or n’est pas un pari contre la monnaie : c’est une assurance contre les excès et les ruptures.
L’or vu par les peuples : une protection individuelle face à l’incertitude
La hausse de la demande mondiale en or ne s’explique pas uniquement par les banques centrales et les institutions. Elle est aussi portée par les particuliers, qui jouent un rôle majeur et souvent sous-estimé.
Dans de nombreuses régions du monde, l’or est historiquement perçu comme une épargne tangible, indépendante des systèmes bancaires. Cette réalité est particulièrement visible en Asie.
Selon le World Gold Council, en 2024 :
- La Chine a représenté à elle seule environ 930 tonnes de demande en or, dont près de 480 tonnes pour les bijoux et environ 330 tonnes pour les lingots et pièces d’investissement [8] ;
- L’Inde a enregistré une demande d’environ 870 tonnes, dont près de 560 tonnes pour les bijoux et environ 185 tonnes pour les lingots et pièces [9].
À elles deux, la Chine et l’Inde concentrent ainsi près de 50 % de la demande mondiale de bijoux dorés et une large part de l’investissement physique, confirmant le rôle central des particuliers dans l’équilibre du marché mondial de l’or.
C’est dans ce sens que l’économiste et entrepreneur Gunter Pauli résume avec humour une réalité profondément ancrée : « chaque Chinois possède un peu d’or physique sous son matelas ». Derrière la formule, une idée forte : les populations perçoivent intuitivement la fragilité du monde financier et cherchent à sécuriser une partie de leur épargne hors système.
Cette demande populaire est structurelle :
- elle augmente en période d’incertitude géopolitique,
- elle réagit aux crises monétaires et bancaires,
- elle ne dépend pas des cycles financiers de court terme.
→ L’or est ainsi l’un des rares actifs à être simultanément recherché par les États, les banques et les citoyens.
Bâle III : le retour réglementaire de l’or
Origines de Bâle III : une réponse à la crise systémique
Les accords de Bâle III trouvent leur origine directe dans la crise financière mondiale de 2008–2009, qui a mis en évidence des faiblesses majeures du système bancaire international :
- Sous-capitalisation de nombreuses banques
- Usage excessif du levier financier
- Dépendance à des actifs supposés liquides, mais qui ne l’étaient plus en période de stress
- Opacité de certains instruments financiers et produits dérivés
Face à ce constat, le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire, hébergé par la Banque des règlements internationaux (BRI), a engagé une refonte en profondeur des règles prudentielles, avec un objectif central : renforcer la résilience du système bancaire mondial.
Les principes clés de Bâle III
Bâle III repose sur plusieurs piliers structurants :
- Renforcement de la qualité et du niveau des fonds propres (capital dit « dur »)
- Limitation du levier bancaire, indépendamment des modèles de risque internes
- Exigences accrues de liquidité, avec notamment :
- le LCR (Liquidity Coverage Ratio) pour résister à un choc de court terme,
- le NSFR (Net Stable Funding Ratio) pour assurer un financement stable à long terme
L’idée centrale est simple : en cas de crise, une banque doit pouvoir faire face à ses engagements sans dépendre exclusivement des marchés ou des banques centrales.
Pourquoi l’or revient dans ce cadre réglementaire
Dans cette logique, la question de la qualité réelle des actifs détenus par les banques devient centrale.
L’or physique alloué présente plusieurs caractéristiques alignées avec l’esprit de Bâle III :
- Actif sans risque de défaut (il n’est la dette de personne)
- Actif physique, donc non soumis à un risque de contrepartie
- Actif liquide sur des marchés mondiaux profonds
- Actif neutre géopolitiquement, car indépendant de tout État émetteur
C’est dans ce contexte que le World Gold Council rappelle que l’or physique alloué peut être traité comme un actif de très haute qualité, souvent qualifié d’actif de niveau 1, avec une pondération de risque nulle dans certains cadres prudentiels [6].
Or physique vs « or papier » : une distinction devenue structurante
Bâle III ne « remet pas l’étalon-or », mais il introduit une distinction fondamentale :
- Or physique alloué :
- identifié,
- détenu en propre ou en compte alloué,
- compatible avec les exigences de liquidité et de stabilité
- Or non alloué et produits dérivés :
- exposition à un risque de contrepartie,
- dépendance à la solidité d’intermédiaires,
- liquidité potentiellement dégradée en situation de stress
Cette distinction a des effets concrets : elle favorise la détention d’or réel, traçable et physiquement disponible, au détriment de certaines formes purement financières.
Un effet structurel sur la demande mondiale
Même si Bâle III ne vise pas explicitement à stimuler la demande en or, ses effets sont indirects mais durables :
- Réhabilitation de l’or comme actif de bilan stratégique
- Réduction de l’attrait pour les expositions synthétiques
- Renforcement de la demande pour un or physique, certifié et alloué
→ Bâle III n’explique pas à lui seul la hausse historique de la demande en or, mais il en constitue l’un des socles réglementaires les plus solides.
Une contrainte majeure : l’offre d’or physique
Contrairement aux monnaies, l’or ne peut pas être créé.
Or, même si l’offre progresse, elle reste relativement rigide : le WGC indique que l’offre totale d’or en 2024 a augmenté d’environ 1 % pour atteindre 4 974 tonnes, une hausse portée à la fois par la mine et par le recyclage. [1]
Côté recyclage, le WGC précise que l’offre d’or recyclé a atteint 1370 tonnes en 2024, une progression d’environ 11 %, tout en restant environ 16 % en dessous de son record historique de 2012. [7]
→ La hausse de la demande se heurte donc à une réalité : l’or physique est disponible, mais pas extensible rapidement.
L’or recyclé : une réponse industrielle et stratégique
L’or recyclé n’est pas un substitut « de second rang ».
Une fois affiné et certifié selon les standards internationaux, l’or recyclé est physiquement et chimiquement équivalent à l’or minier. C’est un point essentiel : pour les usages industriels comme pour les usages financiers, la qualité finale (pureté, traçabilité, conformité) est déterminante.
Dans un monde où la demande est tirée par la résilience et la confiance, le recyclage apporte des avantages décisifs :
- Délais plus courts que l’ouverture de nouveaux gisements
- Traçabilité potentiellement plus maîtrisable (selon les flux et les procédés)
- Dépendance géopolitique réduite
- Empreinte environnementale généralement plus faible que l’extraction primaire
→ Le recyclage transforme des déchets en ressources stratégiques, et contribue à sécuriser l’accès à l’or physique.
La mine urbaine : un nouvel enjeu de souveraineté
Les déchets électroniques – cartes à puce, connectique, rebuts industriels – contiennent de l’or :
- Déjà extrait
- Déjà concentré
- Déjà localisé
Ce gisement urbain est :
- Stable
- Répétitif
- Industrialisation possible
→ Celui qui maîtrise les flux de déchets riches en métaux maîtrise une partie de l’or du futur.
Le rôle d’ADIMAS : relier industrie, stratégie et futur monétaire
Chez ADIMAS, nous sommes positionnés à l’intersection de trois mondes :
- L’industrie
- La finance
- La souveraineté des ressources
Notre métier consiste à :
- Transformer des déchets complexes en matières stratégiques
- Produire un or recyclé traçable, certifiable et industrialisable
- Répondre à une demande mondiale structurelle, pas spéculative
→ Le recyclage de l’or n’est plus seulement un enjeu environnemental : c’est un enjeu de stabilité et de résilience.
Conclusion – Un indicateur du monde qui vient
La hausse historique de la demande en or n’est pas un hasard.
Elle révèle :
- Un monde plus instable
- Une finance plus prudente
- Un retour vers les actifs réels
Dans ce contexte, l’or recyclé s’impose comme :
- Une source crédible
- Une réponse industrielle
- Une brique discrète mais essentielle du futur équilibre mondial
L’or n’annonce pas la fin du système monétaire actuel. Il annonce la fin de l’illusion d’un monde sans contraintes.
FAQ – Comprendre la hausse de la demande en or
Pourquoi la demande en or augmente-t-elle dans le monde ?
Selon le World Gold Council, la demande totale a atteint 4 974 tonnes en 2024, un record en volume (incluant l’investissement OTC), soutenu notamment par les banques centrales et l’investissement. [1]
Les banques centrales achètent-elles vraiment plus d’or ?
Oui. Le WGC indique 1 090 tonnes d’achats nets en 2024, et plus de 1 000 tonnes par an sur 2022–2024. [2]
Quel est le lien entre Bâle III et la demande en or ?
Bâle III renforce les exigences de financement et de liquidité. Le WGC rappelle que l’or physique alloué est traité comme un actif de haute qualité (souvent décrit comme « tier 1 ») et que le débat porte surtout sur l’« or non alloué » et certaines formes de marché. [6]
L’or recyclé a-t-il la même valeur que l’or minier ?
Une fois affiné et certifié, l’or recyclé est équivalent à l’or minier : sa valeur dépend de sa pureté, de sa conformité et de sa traçabilité, pas de son origine.
Pourquoi le recyclage de l’or devient-il stratégique ?
Parce que l’offre est relativement rigide : en 2024, l’offre totale a progressé d’environ 1 %, tandis que le recyclage a progressé d’environ 11 % selon le WGC. [1] [7]
Les déchets électroniques contiennent-ils vraiment de l’or ?
Oui. Les cartes à puce, composants électroniques et connectiques en contiennent en faible quantité unitaire, mais significative à l’échelle industrielle : ces flux constituent une mine urbaine.
En quoi l’or recyclé participe-t-il à la souveraineté économique ?
En réduisant la dépendance aux importations minières et aux zones géopolitiquement sensibles, l’or recyclé renforce la résilience industrielle et, plus largement, la sécurité d’approvisionnement.
Sources
L’accès aux sources est disponible pour nos clients, sur simple demande.
Auteurs
Elisabeth, avec concours d’Adrianne et Pierre

